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Miriam Sturzenegger

Prix culturel Manor 2020

19.9.–22.11.2020

L’intérêt artistique de Miriam Sturzenegger (*1983, CH), lauréate du Prix culturel Manor, porte sur le matériau, la matière et l’environnement construit. Dans son travail sur les espaces et les architectures, elle se concentre sur la substance et l’énergie inhérente des matériaux, ainsi que sur la nature des revêtements ou encore sur l’utilisation habituelle de ces ressources et les technologies de traitement. Ces propriétés sculpturales et physiques inscrites dans la matière déterminent la création artistique. Par leur réévaluation et leur transformation, les œuvres sont constamment réduites et font souvent écho aux éléments architecturaux environnants. Partant d’une confrontation durable avec le lieu d’exposition, les réalisations de Sturzenegger se basent sur les processus et contextes de formation de l’espace. Elles peuvent être lues, entre autres, comme des interventions organisatrices, comme des déplacements ou des accumulations. L’exposition combine des interventions spatiales, des nouvelles productions et une sélection d’œuvres existantes.

Dans le processus de création actuel de l’artiste, la notion géomorphologique «Reliefenergie» (énergie du relief) constitue un élément central et dynamique de sa pensée sculpturale. Grâce à son ambiguïté, il sert à l’artiste d’outil poétique pour susciter des chaînes d’association et accentuer l’expérience spatiale au sein de l’exposition. En interrogeant le relief, elle aborde non seulement la topographie dans l’espace architectural, mais aussi le potentiel multidimensionnel inhérent à la spatialité des surfaces dans le monde physique. Dans l’exposition, le concept de «Reliefenergie» forme une passerelle conceptuelle entre l’architecture et la géologie, entre l’haptique et le processus, la trace et la partition. Elle touche aux tensions entre la mémoire et la dynamique propre du matériau ainsi qu’à son utilisation et sa valorisation culturelle dans un environnement ordonné.

L’exposition prend comme point de départ les spécificités de l’espace architectural du Centre d’art Pasquart. Son environnement se caractérise par ses volumes, mais aussi l’ordre, le cadrage, le rythme et les ruptures ainsi que l’haptique et la lumière. Ces éléments confèrent aux pièces une dimension temporelle, c’est-à-dire une mémoire physique. L’ancien bâtiment se caractérise par une succession simple et précise de salles. A travers les ruptures formelles, il est possible de lire l’histoire de l’édifice, à savoir la réorganisation de l’ancien hôpital en une institution d’art. Le mouvement, guidé par un parcours prédéterminé grâce à la disposition en enfilade, ainsi que la présence concomitante d’éléments issus de différentes phases de construction conditionnent la temporalité et la dimension physique des salles. La rangée de colonnes Intersecting Scores (2020), composée de Pillars (2016) et de Lamella Pillars (2020), qui traverse toutes les pièces de l’étage, évoque un portique et souligne la fonction de réunion du couloir. En intégrant cette colonnade, l’artiste élargit les références temporelles des pièces à l’aide d’un nouvel ajout architectural. Sturzenegger relie cette ligne axiale à Interruptions (2020), une œuvre qui dissout les frontières entre le design et l’art à l’aide d’éléments empilés sur le sol ressemblant à des banquettes ou à des seuils. Leurs surfaces présentent comme une empreinte du sol de l’atelier de l’artiste. Pour Mise en relief (2020), l’artiste retire une section du parquet de la salle afin de signaler l’emplacement de l’un des anciens murs présents avant la transformation du bâtiment en Centre d’art en 1990. De manière presque imperceptible, les incisions remplies de graphite dans le mur de Plis coupés, plis projetés (2020) reprennent les bords saillants de la façade du vieux bâtiment classiciste et les projettent à l’intérieur.

Passagen (2011-2020) est constituée par des blocs-notes A4 blancs que Miriam Sturzenegger transporte dans son sac lorsqu’elle est sur la route. Grâce à la friction et à la pression entre les objets qu’elle emporte avec elle, des particules ou de la poussière se détachent de leur surface et s’inscrivent spontanément sur le papier. Ces supports contiennent ainsi les traces des mouvements de l’artiste, de ses déplacements ou encore du contenu du sac. Les feuilles sont montées sur des plaques de plâtre, puis disposées dans la vitrine du couloir du Parkett 2 longue de 21 mètres. Elles agissent ainsi comme une sorte de cartographie de ses itinéraires, chemins ou promenades condensés dans la matière.

Dans le passage de la Salle Poma, Sturzenegger présente Presence Information Value Agency (2020), une installation murale de quatre reliefs en béton. L’artiste utilise les quatre notions présentes dans le titre, entre lesquelles se dégage une tension, comme une sorte d’outil perceptif dans l’examen de la matière et de l’espace. Au moyen d’un codage de caractères binaires, système utilisé pour les cartes à perforer, elle traduit les titres en un grillage de points sur les surfaces de béton. Les termes codés deviennent finalement visibles sculpturalement sous la forme de cavités géométriquement précises dans le matériau poreux et vivant. Dans le béton lui-même, de fines traces de calcaire renvoient au contexte géologique du site de l’exposition, la chaîne du Jura.

De par son ampleur, la Salle Poma du nouveau bâtiment se présente comme un grand White Cube, dans lequel les repères dimensionnels disparaissent. Cette esthétique produit une expérience spatiale de désorientation. De même, dans sa neutralité minimaliste, l’espace ne renvoie à aucune mémoire, mais rayonne par son immobilité temporelle. Miriam Sturzenegger aborde cette caractéristique avec son installation in situ What Remains (Black Line) (2020). L’artiste utilise ici un matériau cultivé naturellement et traité industriellement. Le charbon à coke poreux flotte dans un bassin d’eau allongé et peu profond. En tant que résidu, la matière a perdu sa fonction culturelle et industrielle de combustible et se combine avec le phénomène d’évaporation de l’eau dans un «processus de moulage» volatil pour former une nouvelle constellation énergétique. Cette évolution technologique est également perceptible au Centre d’art. La disparition de cette source d’énergie devient visible au travers des différences entre l’ancien et le nouveau bâtiment. Alors que le premier dispose de radiateurs blancs, le second n’a plus de chauffages apparents, mais utilise une infrastructure climatique contrôlée par un système central. Transformé en produit d’art, le charbon à coke prend ici rétrospectivement un sens nouveau en lien avec la technologie climatique, l’énergie et l’histoire industrielle.

Membres du jury

Luca Beeler, directeur Stadtgalerie Bern

Béatrice Gysin, artiste, Bienne

David Lemaire, directeur Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds

Pierre-André Maus, administrateur de Maus Frères SA, Genève

Chantal Prod’Hom, directrice mudac, Lausanne

[Proposition des candidats: Felicity Lunn, directrice Centre d’art Pasquart]

Commissaire de l’exposition

Felicity Lunn, directrice Centre d’art Pasquart

Publication

Une publication riche en illustrations avec des textes de Gabrielle Schaad, Nadia Veronese et Felicity Lunn paraît aux éditions Verlag für moderne Kunst (ENG / DT / FR).

Visites guidées

Je 15.10.2020, 18:00  (fr)    Laura Weber, historienne de l’art

Ve 16.10.2020, 12:15  (dt/fr) Art à midi – courte visite guidée suivie d’une collation

Je 29.10.2020, 18:00 (dt)   Felicity Lunn, directrice Centre d’art Pasquart

Entretien avec l’artiste et présentation de la publication

Je 12.11.2020, 18:00  (dt)   Miriam Sturzenegger s’entretient avec Felicity Lunn.

Miriam Sturzenegger, What Remains (Black Line), 2020, vue d’exposition Salle Poma Centre d’art Pasquart; Courtesy the artist, photo: Stefan Rohner