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Kemang Wa Lehulere, Every Song, 2017, Wandschnitt / gravure murale, Detail / détail, 260 x 360 cm; Courtesy Kemang Wa Lehulere, Deutsche Bank’s «Artist of the Year» 2017; Foto / Photo: Mathias Schormann

KEMANG WA LEHULERE

28.1.-1.4.2018

Des signes de mains gravés dans la pierre, des exemplaires de la Bible coincés entre des dentiers, des traits de craie floutés sur tableau noir, des bancs d’école transformés en volières. Le travail protéiforme de Kemang Wa Lehulere (*1984, SA) libère des images poignantes et suggestives qui trouvent leur origine dans le passé de son pays d’origine, l’Afrique du Sud. Entre recherche autobiographique et faits historiques, l’artiste crée dans son exposition un espace qui invite à réfléchir à l’irruption des idéologies dans le système éducatif, aux instrumentalisations de la religion ou encore à l’effacement de la mémoire collective. Il fait subir à son travail un processus continu de réinterprétation et de reconstruction. Au-delà de la confrontation avec l’histoire sud-africaine, ses dessins, performances, installations et vidéos ont aussi une résonance dans les questionnements de notre époque. Le flot de son langage visuel associatif éveille la conscience d’un présent rattrapé par son histoire, qui revendique la mise à nu de ses différences et préjugés. A l’image d’un scénario attendant sa réalisation, émerge un espace narratif dans lequel des voix opprimées retrouvent la parole et des projets inaboutis deviennent réalité.

L’œuvre de Kemang Wa Lehulere s’articule à travers son ouverture. Il naît de l’idée que toute manifestation artistique résulte de processus collectifs et est liée au contexte historique et social, duquel elle est issue. Lorsque l’artiste met ses travaux en relation avec les œuvres d’artistes comme Ernest Mancoba (1904 – 2002, SA) ou Gladys Mgudlandlu (1917 – 1979, SA), il crée une situation dans laquelle les frontières entre passé et présent, communauté et individu, s’estompent.

Dans les années 1960, Gladys Mgudlandlu, considérée comme l’une des premières artistes noires d’Afrique du Sud, crée une série de peintures et de dessins. Des voix critiques ont décrit le style pictural de l’artiste autodidacte comme superficiel, du fait qu’elle semblait moins s’intéresser au traitement de la ségrégation dans son œuvre qu’à des motifs essentiellement traditionnels. Pourtant, suite à la recherche menée avec l’architecte Ilze Wolff pour l’œuvre vidéo Homeless Song 5 (2017), Kemang Wa Lehulere arrive à la conclusion que les paysages dépeints dans la série Untitled (sans date) de Mgudlandlu représentent probablement les collines et les cabanes du Luyolo. Cette région a vu ses habitants déplacés de force après avoir été déclarée comme zone d’habitation pour Blancs. Lorsque Wa Lehulere apprend que sa tante, Sophia Lehulere, a personnellement connu Mgudlandlu, il l’invite à reproduire de mémoire, et à la craie, ses peintures hautes en couleur sur de petits tableaux noirs, qu’il a ensuite lui-même retravaillés. Pour cette exposition, l’artiste présente Does This Mirror Have a Memory (1962 – 66 / 2015), une œuvre qui réunit les peintures originales de Gladys Mgudlandlu aux côtés de ces reconstructions. Les imbrications autobiographiques se densifient encore lorsque sa tante l’informe que les parois de l’ancienne maison de l’artiste sont recouvertes de ses peintures murales. Il entreprend alors, avec l’aide d’une restauratrice, de les libérer des neuf couches de peinture et de crépi qui les dissimulent.

Un motif récurrent dans l’œuvre de l’artiste est celui de bergers allemands en porcelaine, visibles dans les imposantes installations Cosmic Interlude Orbit (2016) et Red Winter in Gugulethu (2016). Encore aujourd’hui, les bergers allemands sont très présents en Afrique du Sud et ont pour rôle de garder les propriétés de la classe supérieur. Ici, par leur posture droite et assise, les chiens font figure de témoins silencieux. Pourtant, malgré leur calme apparent, ils dégagent quelque chose de menaçant, posant inévitablement la question de savoir qui ils surveillent et quel rapport ils entretiennent avec les pupitres d’écoles recyclés ainsi que les valises transpercées de béquilles – des symboles de formes d’oppression.

Les os résistent de manière persistante à la dégradation du temps et empêchent, au fil des décennies, la disparition de traces laissées par les crimes du passé. Présents en tant que métaphore dans l’installation Homeless Song 5 (a sketch) (2017), ils font également référence à l’écrivain sud-africain Nat Nakasa (1937 – 1965), qui s’est suicidé à New York. L’herbe utilisée initialement dans la valise provenait de sa tombe. L’artiste a transporté des morceaux de gazon des Etats-Unis vers l’Afrique du Sud afin de les placer dans la valise, où ils continuent de pousser sous la surveillance des bergers allemands en porcelaine.

Durant l’apartheid, le système éducatif se concentrait en première ligne à restreindre les connaissances de la population noire. Mathématiques, philosophie et art n’avaient pas leur place dans le programme scolaire. A côté des entraves à la liberté d’expression figurait également l’interdiction de parler sa langue maternelle, forçant de surcroit les populations à communiquer dans une langue étrangère. L’ensemble d’œuvres My Apologies to Time (2017) met en lumière des mécanismes de conditionnement qui se traduisent par une forme ambivalente de la liberté. Des pupitres d’école sont transformés en une structure constituée de tubes en acier, dont les plateaux en bois font office de volières, révélant ainsi leur fonction d’instruments de domestication. Le perroquet gris empaillé, orateur le plus loquace de la famille des perroquets, incarne de manière discordante à la fois malléabilité, par son imitation indifférenciée des langues, et indépendance apparente, par son aptitude à voler.

La photographie Untitled (2017) présente un oiseau issu de la peinture murale dégagée dans la maison d’origine de Gladys Mgudlandlu. Celui-ci a donné lieu à une recherche sur les oiseaux et leur signification durant l’apartheid. L’installation flottante Broken Wings (2017), constituée d’un assemblage de béquilles en bois, renvoie à la chute dans le péché originel, c’est-à-dire à l’expulsion violente hors du Paradis. Des bibles dans la langue originale du peuple Xhosa sont coincées entre des dentiers.  Le défenseur des droits de l’homme, Desmond Tutu, a exprimé dans ce contexte: «Quand les missionnaires sont venus en Afrique du Sud, ils avaient la Bible et nous avions la terre. Ils ont dit: ‹Prions ›. Nous avons fermé nos yeux. Lorsque nous les avons rouverts, nous avions la Bible, et eux la terre.»

Pour sa première exposition monographique de grande envergure dans une institution suisse, Kemang Wa Lehulere renvoie aux profondes conséquences des systèmes de répression. Il montre que, si l’histoire ne peut pas être réécrite, elle peut, par une intervention artistique et sociale, être élargie dans sa complexité et dans ses points de vues. Formulés en langue des signes, les gestes de la main gravés sur un morceau de mur dans l’œuvre Every Song (2017) indiquent: «Mother said every song knows its home».

L’exposition a été réalisée en coopération avec la Deutsche Bank, qui a élu Kemang Wa Lehulere «Artist of the Year» 2017. Les œuvres présentées dans le cadre de Bird Song à la Deutsche Bank KunstHalle à Berlin et au MAXXI à Rome font partie de l’exposition au Centre d’art Pasquart.

Commissaire de l’exposition

Damian Jurt, collaborateur scientifique Centre d’art Pasquart


Visites guidées

Je 8.3.2018, 18:00     (fr)    Valentine Yerly, historienne de l’artJe 22.3.2018, 18:00    (dt)   Damian Jurt, Kurator der Ausstellung

Entretien avec l’artiste

Di 28.1.2018, 14:00   (eng) Kemang Wa Lehulere s’entretient avec Damian Jurt


Conférence de presse: Vendredi, 26.1.2018, 10:30
Vernissage: Samedi, 27.1.2018, 17:00
Vernissage des enfants: Samedi, 27.1.2018, 17:00-18:30


 

KEMANG WA LEHULERE, Ausstellungsansichten / vues d’exposition / exhibition views Pasquart 2018, Fotos / photos: Julie Lovens

 


Mit der freundlichen Unterstützung der Stiftung Kunsthaus-Sammlung Pasquart. /
Avec l’aimable soutien de la Fondation Collection Centre d’art Pasquart. /
With the kind support of the Foundation Collection Kunsthaus Pasquart.