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BHARTI KHER Chimeras

29.6.-28.8.2018

Bharti Kher (*1969, GB, vit et travaille à Delhi) emploie un large panel de techniques allant de la peinture et de la sculpture au dessin et à l’installation. L’artiste considère sa pratique artistique comme une quête de la chimère, cet espace oscillant entre réalité et illusion. Elle s’inspire d’imageries issues de son quotidien ainsi que de différentes cultures afin de créer des œuvres radicalement hétérogènes. Souvent monumentaux, ses travaux cartographient les tensions entre identités, rôles sociaux et genres. De ses associations entre monde animal et humain émergent alors des corps aux formes hybrides. Si les œuvres de Bharti Kher semblent appartenir à un autre monde, celui des fables et des légendes, elles posent néanmoins un regard critique sur des phénomènes sociaux contemporains. Le motif du bindi – accessoire populaire de mode et symbole du troisième œil en Inde – fonctionne comme un fil rouge dans son travail. Kher l’utilise comme un pont entre monde spirituel et monde métaphysique, entre esprit et corps. Ses peintures iconographiques de bindis révèlent un langage personnel, culturel et spirituel qui renvoie à des notions de répétition, de rituel, mais aussi de résilience. L’artiste remet ainsi en question sa position et son rôle dans un corps de femme, et la fragilité de celui-ci au sein de différents contextes. Son œuvre souligne l’équilibre précaire sur lequel reposent les fondements de nos sociétés et suscite des scénarios alternatifs, fantastiques; une stratégie qui permettrait de refléter le malaise politique de notre époque.

L’exposition au Centre d’art Pasquart rassemble d’importantes œuvres clés de Bharti Kher qui rendent compte de sa pratique artistique rigoureuse. Au lieu d’utiliser des matériaux et des techniques conventionnelles, elle développe ses idées et ses moyens d’exécution en s’inspirant du quotidien qui l’entoure. Tel que l’exprime l’artiste, un aspect important de sa pratique consiste en l’utilisation d’objets trouvés: «Je regarde partout et copie tout le monde – je suis comme une pie qui prend ce dont elle a besoin et tourne un vieux bouton scintillant en un feu flamboyant. Nous sommes les produits de nos vies.» La synergie de milliers de bindis produit des surfaces riches en textures sur ses peintures comme sur ses œuvres tridimensionnelles, tandis que les saris, bien que figés en sculptures, conservent une impression de mouvement propre au tissu. Ces matériaux culturels spécifiques, Kher ne les réduit pas pour autant à leur contexte géographique ou de genre. Au contraire, elle étend leur champ de signification de sorte à ce que l’œuvre ne soit plus un simple marqueur d’identité nationale ou géopolitique, mais la métaphore d’un lieu en tant qu’entité consciemment créée et vécue.

Collectés et combinés par Kher, les objets trouvés – en particulier des chaises et des échelles – sont importants dans ce contexte puisqu’ils produisent des sculptures qui sont placées en équilibre avec leur environnement, s’y adaptant et l’affectant à la fois. L’œuvre Three decimal points, of a minute, of a second, of a degree (2014), bien qu’originellement conçue pour la Biennale de Kochi, doit être activée dans chaque nouveau lieu d’exposition de sorte à pouvoir être déplacée et ajustée à la gravité. Même le caractère monumental de Father (2016), la sculpture en plâtre et en cire du père de Kher, paraît provisoire, sa présentation sur un plateau roulant renforçant l’impression de lieu comme expérience temporelle fluide.

Récurrents dans son œuvre, les bindis et saris, de même que les miroirs, placent le corps – généralement celui d’une femme – au cœur des mythologies personnelles de Kher. Elle nous confronte ainsi de manière répétitive à la femme en tant que mère, monstre, déesse, guerrière, prostituée ou mannequin. Tantôt nues, tantôt vêtues, ces femmes portent les symboles d’une série de systèmes culturels à la fois familiers et obscures. Elles ont été hybridées en créatures grotesques ou menaçantes, ou systématiquement réduites à des parties de leur anatomie. Troublés, déconcertés, amusés ou choqués, nous sommes amenés à interagir avec ces êtres qui semblent à la fois puissants et vulnérables. À la manière des bindis qui recouvrent la surface de corps animaliers, telle la sculpture monumentale d’un cœur de baleine (An absence of assignable cause (2007)), Kher enduit le corps de femmes à l’aide de plâtre. Cette seconde peau peut être interprétée d’une part comme le renforcement de leur identité par une sorte d’énergie chamanique, de l’autre comme une fausse enveloppe externe.

L’enquête que mène Kher sur notre manière de regarder et de comprendre le corps, sur ce que nous connaissons ou ce que nous ignorons, détermine autant le processus physique de création qu’elle emploie que la forme dans laquelle ses idées se manifestent. Dans la série Chimera (2016), par exemple, la combinaison du moulage, de la superposition, du mélange, du recouvrement et de la rupture du plâtre, de la cire et de la fibre hessienne rend compte des aspects essentiels à l’intention de l’œuvre: la révélation, ou le négatif, de l’intérieur d’une tête ou d’un visage humain dont les traits extérieurs nous sont dissimulés. Ce procédé visant à rendre palpable l’essence véritable de ce qui est intérieur constitue également le thème de la série de planches gynécologiques des années 1950 représentant des femmes enceintes. La récurrence des miroirs brisés, leurs surfaces envahies de bindis, se présente comme une métaphore puissante du soi fragmenté, ou de l’ambivalence caractéristique de tout être humain.

Parmi les figures actuelles les plus importantes de l’art contemporain, Bharti Kher réalise au Centre d’art Pasquart sa première exposition individuelle en Suisse.

Commissaire de l’exposition

Felicity Lunn, directrice Centre d’art Pasquart

Publication accompagnant l’exposition

Une publication riche en illustrations avec des textes d’Aveek Sen, Susan Silas et Chrysanne Stathacos paraît aux éditions Verlag für moderne Kunst (DT / FR / ENG).


Entretien avec l’artiste

Je 28.6.2018, 16:30     (eng) Bharti Kher s’entretient avec Felicity Lunn

Visites guidées

Je 9.8.2018, 18:00     (dt)   Felicity Lunn, Direktorin Kunsthaus Pasquart

Je 23.8.2018, 18:00    (fr)    Kathleen Vitor, historienne de l’art


Bharti Kher, Ausstellungsansichten / vues d’exposition / exhibition views Pasquart 2018, Fotos / photos: Julie Lovens